Introduction concise : Cet article propose des repères clairs pour situer cet instrument à cordes pincées, issu du luth, au coeur de la culture italienne.
Origine et formes : On présente les deux familles principales — milanaise et napolitaine — leur nom, leur forme et leur diffusion vers les pays méditerranéens puis l’Amérique du Nord.
Histoire et répertoire : Du baroque aux grandes pages d’opéra et aux œuvres orchestrales, les siècles des Lumières et le romantisme marquent l’essor, suivi d’un renouveau au XXe siècle.
Axes de l’article : organologie (caisse, table, ouïe, frettes), styles (plectre, trémolo), typologies et familles proches, ainsi que les pratiques populaires — Estudiantina, chanson napolitaine, ensembles à plectres.
Pour approfondir la facture et les types, consultez cette page dédiée au luthier et à l’instrument.
Atelier et luthier — mandoline
Définition et organologie de la mandoline
Instrument d’origine italienne, la mandoline se présente comme un petit luth adapté au jeu agile. Sa forme compacte et son manche court favorisent la précision. La longueur typique varie entre 70 et 75 cm.
La caisse de résonance est souvent bombée en lamellé-collé. La table d’harmonie porte une grande ouïe, circulaire ou ovale, qui guide la projection et la résonance.
Cordes, manche et frettes
Les cordes peuvent être en boyau ou en acier. Les jeux aux doigts privilégient le boyau ; le plectre favorise l’acier.
Le manche est étroit, le manche court permet des frettes rapprochées. Cette ergonomie aide la vélocité et les ornements baroques.
Jeu au plectre et timbre
Le médiator, tenu entre pouce et index, produit un attaque nette ou un effet de trémolo continu. L’accord courant en quintes (sol‑ré‑la‑mi) influence doigtés et tessiture, proche du violon.
| Élément | Caractéristique | Impact sonore |
|---|---|---|
| Caisse | Bombée, lamellé‑collé | Puissance et chaleur |
| Table / ouïe | Rosace circulaire ou f‑holes | Projection et couleur |
| Cordes | Boyau / acier | Toucher chantant / attaque percussive |
| Manche | Étroit, court avec frettes | Vélocité et précision |
La mandoline dans la musique italienne : repères
Le parcours historique commence au tournant du XVIIIe siècle et s’étend des salons baroques aux orchestres modernes.
Du baroque aux Lumières : sonates et concertos
Les premiers répertoires datent d’environ 1700 (Francesco Contini, Filippo Sauli). Ces pages de salon s’étoffent vite.
Vivaldi offre des œuvres clefs : un concerto en ut majeur RV 425 et un concerto pour deux mandolines RV 532. On peut consulter le contexte du concerto de Vivaldi sur cette notice.

À l’opéra et en sérénade
L’instrument apparaît sur scène dès 1707 chez Bononcini. La sérénade de Mozart dans Don Giovanni, « Deh vieni alla finestra », reste une page emblématique.
Répertoire savant et orchestre
À la fin du XVIIIe, Beethoven compose quatre pièces (1796, WoO 43a/43b/44a/44b) pour un usage de salon, souvent avec clavier ou guitare.
Au XXe siècle, l’orchestre l’adopte sporadiquement : Mahler, Schoenberg, Stravinsky, Prokofiev et Webern explorent son timbre pour renouveler les textures orchestrales.
Pratiques et styles en Italie
La chanson napolitaine utilise l’accompagnement au trémolo pour colorer la mélodie, ce qui assure un large succès populaire.
Enfin, les ensembles à plectres, de l’Estudiantina aux formations plus ambitieuses, font prospérer la pratique entre la fin du XIXe et les premières années du XXe siècle.
| Époque | Référence | Impact |
|---|---|---|
| ~1700 | Contini, Sauli | Apparition du répertoire de salon |
| Baroque / Lumières | Vivaldi (RV 425, RV 532) | Concertos et sonates fixant un style |
| Fin XVIIIe | Beethoven (WoO 1796) | Pièces de salon, transcriptions possible |
| XXe siècle | Mahler, Schoenberg, Stravinsky, Prokofiev, Webern | Intégration orchestrale et exploration timbrique |
Typologies et accords : milanaise, napolitaine et famille de l’instrument
La typologie de l’instrument révèle des choix de lutherie et d’usage précis.
Milanaise (mandurina/mandolino) : héritière du luth, elle présente une forme en amande et une ouïe circulaire. Elle comporte six chœurs en boyau, joués aux doigts, accordés à l’unisson en quartes et tierce : sol2, si2, mi3, la3, ré4, sol4. Ce réglage favorise un jeu chantant et des couleurs proches du luth.
Napolitaine : modèle le plus répandu, elle offre quatre doubles cordes métalliques accordées comme le violon (sol‑ré‑la‑mi). On joue au plectre; la caisse est très bombée, dos côtelé, table en larme avec rosace. L’acier donne plus de brillance et de projection, utile en ensemble ou en solo.
Famille et variantes : la mandole (alto, do‑sol‑ré‑la), le mandoloncelle (accord du violoncelle), la contrebasse (quatre cordes en quartes). Variantes : bandolim (Brésil), banjoline (table de banjo), mandriola (triples cordes) et modèles inspirés de la guitare.
« La construction et l’accord définissent le geste : le boyau adoucit l’attaque, l’acier intensifie la présence. »
| Type | Cordes | Accord | Usage |
|---|---|---|---|
| Milanaise | 6 chœurs en boyau | sol2-si2-mi3-la3-ré4-sol4 | Salon, chant, jeu aux doigts |
| Napolitaine | 4 doubles en acier | sol‑ré‑la‑mi (comme violon) | Orchestre, soliste, ensemble à plectres |
| Autres | Variantes (triples, banjo‑table) | Différents | Styles régionaux, folk, samba |
Évolution historique, pratiques et répertoires
Entre effondrement momentané et renouveau, l’évolution de l’instrument suit des cycles nets. Après un essor initial, la pratique baisse au milieu du xix siècle.
Un âge d’or débute vers 1880 avec les Estudiantinas. Ces orchestres à plectres multiplient duos, quatuors et grandes formations. Le succès se prolonge jusqu’aux années 1920 en Europe, en Amérique et au Japon.

Le répertoire comprend œuvres originales, transcriptions et pièces de divertissement. On trouve beaucoup d’arrangements de style romantique et néoclassique, faciles d’accès et souvent très populaires.
Puis survient un recul : les années 1930–1950 voient l’essor du jazz et de l’accordéon, qui relèguent l’instrument au second plan.
Au milieu du XXe siècle, un renouveau international émerge. Bluegrass (Bill Monroe, Ricky Skaggs, Chris Thile), jazz (David Grisman), folk et rock réinventent le rôle de l’instrument.
Aujourd’hui, les orchestres à plectres restent vivaces, surtout en Allemagne et au Japon. Les saisons de printemps, en avril et mai, offrent souvent des pages marquantes qui ravivent l’intérêt du public.
La résilience tient à un répertoire riche, à la virtuosité idiomatique et à la sociabilité des ensembles.
Conclusion
En bref, ce texte rassemble des repères utiles pour relier nom, forme et histoire de l’instrument. On y retrouve son origine italienne, son organologie — caisse bombée, table avec ouïe, manche court à frettes — et les variantes milanaise et napolitaine.
Essentiel : le timbre vient des cordes et de l’effet de trémolo au plectre; le répertoire traverse les siècles, du baroque aux renouveaux du xix siècle et du XXe siècle.
Usage et diffusion vont de l’opéra et la sérénade aux ensembles à plectres. Les saisons d’avril et mai restent propices aux pages clefs et aux œuvres de référence. Pour prolonger l’écoute, explorez enregistrements et pages critiques qui lient organologie, pratique et culture.